La vie sur place
Notre arrivée au Bénin
Nous sommes arrivés à l’aéroport de Cotonou un vendredi soir. Nos amis vivent à 5min de l’aéroport et ce sont eux qui sont venus nous chercher. Dès le lendemain nous avons rencontré Euloge, qui a voulu nous mettre directement dans le bain en nous faisant visiter le plus grand marché d’Afrique de l’ouest qui se trouve à Cotonou : Dantokpa.
Le dimanche nous étions déjà en partance pour Ganvié !
Bien évidemment Euloge viendrait vous chercher directement à l’aéroport et vous trouverait un logement dans un hôtel sur Cotonou pour vous remettre du voyage. Pas de décalage horaire en hiver, 1h « plus tôt » en été.
Notre arrivée à Ganvié
Nous nous sommes donc rendus à Ganvié avec Euloge le dimanche précédent notre « rentrée » à l’école. Euloge accompagnait d’autres visiteurs pour une visite d’une journée dans la cité lacustre et nous avons profité de cette visite (préparez-vous à pêcher..). Après avoir mangé, Euloge nous a simplement laissé sur place :D Ce qui je l’avoue dans les premières minutes peut faire un peu peur car moins de 48h après notre arrivée en sol béninois, se retrouver seuls dans un village sur l’eau au milieu de nulle part peut déstabiliser ! Mais cela est sans compter sur la gentillesse de Mama (ou Mémé comme vous voulez) !
L’auberge « chez M »
Chez M, c’est chez Mama ! La tenancière depuis longtemps (je n’ai pas osé lui demander combien de temps) de cette auberge aux jolies couleurs turquoises. Il n’y a que deux auberges à Ganvié, chez Raphaël et chez M. Nous ne sommes jamais allés à la première mais nous avons vécu un mois dans la seconde ! Euloge est dans les petits papiers de Mama et elle a été plus qu’hospitalière avec nous ! Nous n’avons manqué de rien, nous pouvions tout lui demander.
La chambre : Nous avions une chambre composé d’un lit double et d’un lit simple, un petit coin salle de douche avec des toilettes « classiques », un lavabo et une douche. Ce n’est évidemment pas le grand luxe mais nous étions très contents d’avoir des toilettes avec chasse dans la chambre ! L’eau n’est évidemment pas potable pour nous à Ganvié mais c’est toujours pratique pour se laver les mains (avant de mettre du gel hydroalcoolique) ou pour se doucher (la pression n’est pas énorme, pour se laver le corps c’est bon mais j’ai tenté de me laver les cheveux j’ai fini 2 jours avec du savon avant de pouvoir me les laver à Cotonou, prévoir du shampoing sec si votre chevelure vous le permet). Les lits étaient relativement confortables et surtout toujours équipés de moustiquaires ! (pas besoin de prendre la votre par contre prévoir un petit kit de couture pour recoudre les potentiels petits trous !).
La nourriture : on peut manger chez M qui est aussi un restaurant (marche surtout le midi pour les touristes et un peu le soir pour les locataires longues durée comme nous ou les touristes qui restent pour une nuit). La carte n’est pas hyper variée : poulet bicyclette, poisson selon arrivage, piron (pâte à base de manioc avec de la tomate des oignons qui font une sorte de purée), alokos (bananes plantin), frites, riz (évidemment) et de bons fruits offerts en dessert ! (ananas, papayes, oranges..). Les quantités sont importantes (sauf la quantité de viande sur le poulet bicyclette mais ça c’est dans tout le Bénin haha) mais niveau variété, c’est à peu près tout. Mama nous fait un prix « résident » et cela varie entre 1000 et 2500 Fr (1,5 et 3,8€) Ce que nous faisions c’est que nous achetions des conserves de légumes (maïs, haricots en tout genre, lentilles, etc) et des avocats pendant les week-ends pour agrémenter certains de nos repas. Il est en soit possible de cuisiner chez M mais nous ne l’avons finalement jamais fait. Un petit déjeuner est possible pour 500Fr (0,70€) avec thé ou café, pain et quelques trucs à tartiner. Il y a un large choix de boissons (sodas en tout genre, bières pas mauvaises du tout ! et c’est des belges qui le disent !). Il est possible d’acheter de grandes bouteilles d’eau sur place mais nous nous achetions des packs les week-ends pour la semaine car ça revenait moins cher.
Commodités : nous avions une seule prise dans notre chambre et le générateur ne tourne que de 19h à 23h (ce qui laisse juste le temps nécessaire pour recharger les portables, prévoyez des chargeurs externes c’est toujours pratique). Un ventilateur était mis à notre disposition et nous l’utilisions parfois (mais il se coupait à 23h en même temps que le générateur alors ne pas le mettre si vous vous « sentez bien sans » car quand il se coupe vous risqueriez le coup de chaud !). Prévoyez aussi des lampes frontales, pratiques dans le lit et attirent moins les moustiques que la lampe de la chambre qui ne fonctionne aussi qu’entre 19 et 23h ! En journée il est possible d’acheter une carte SIM béninoise pour presque rien et d’acheter du crédit d’appel et internet. La 3G ne passent pas vraiment partout mais ça vous permettra de contacter vos familles ! (attention il faut bien activer votre carte)
Personnes de l’auberge : Outre la grande Mama, plusieurs personnes vivent à l’auberge. Nous ne savons pas si elles seront encore présentes dans les prochains mois mais des filles travaillent à l’auberge et elles sont mineures. Avec nos yeux d’occidentaux cela est choquant mais c’est malheureusement une pratique très courante au Bénin (et pas que). Nous avons l’immense joie de vivre un mois avec nos trois loustiques préférées : Latifa, Fitoria et Isabelle ! Charles, un jeune apprenti, majeur travaillait également à l’auberge lorsque nous y étions et cela formait comme une petite famille. Nous nous sommes très fortement liés d’amitié et essayons de garder en contact, bien que cela ne soit pas toujours très facile.
Notre premier jour à l’école
Le premier jour ça a été un peu la folie. Il faut dire qu’Hugo et moi avions fait une collecte d’argent auprès de nos proches pour acheter des fournitures scolaires que nous avions avec nous le premier jour. En voyant arriver des « yovo » ou « yavo » chargés de cartons et sacs à l’école, les mille élèves de l’école étaient un peu excités. Malheureusement nous n’avions du matériel que pour le bloc C (il y a 3 blocs à l’école : A, B et C) où nous allions travailler pendant un mois et qui concerne 380 élèves déjà. Nous nous sommes réunis dans le bureau de la directrice du bloc C, Madame (la merveilleuse) Marie Josée LONTCHEDJI ANATO. Nous étions 3 volontaires à arriver ce jour-là (une première pour l’école) : Hugo et moi mais également Julie ! éducatrice pédiatrique au Bénin depuis 10 mois qui avait déjà travaillé dans plusieurs écoles. La directrice nous a présenté l’équipe enseignante et nous a assignés à nos classes. Julie avec les CI/CP (les plus jeunes classes), Hugo avec les CM1 et moi avec les CE1/CE2. Par la suite après une semaine, d’autres professeurs ont été engagés et les classes ont pu être séparées, si bien que Julie s’est occupée des CP et que j’ai finalement changé pour la classe des CM2 tenue par la directrice. Nous avons ensuite procédé à la distribution du matériel scolaire (cahiers, bic/stylo bleus, règles/lattes, matériel de géométrie..) pour les élèves du bloc C et sommes ensuite allés dans nos nouvelles classes !
L’école
Je vous laisse lire notre rapport officiel de stage pour les données précises. Il y a 6 classes primaires dans le bloc C allant donc du CI (environ 6 ans) au CM2 (11-14 ans). Les élèves sont beaucoup plus par classe qu’en Europe (de 38 à 75), ce qui complique évidemment la tâche des enseignants et explique que tout personnel supplémentaire soit très apprécié ! Une chose est sûre, vous vous sentirez vite utile.
Journée type
Ganvié est une ville qui se lève tôt ! À 6h la ville est très active et le soleil déjà bien levé donc à moins d’avoir un sommeil de plomb, difficile de ne pas se réveiller en même temps que tout le monde (et ceci inclut les poules et autres coqs qui font office de réveil naturel !). Nous prenions peu de petits-déjeuners car ce n’est pas dans nos habitudes en Europe (banane + coca c’est la vie), nous nous préparions puis attendions la barque des instituteurs qui arrive vers 7h50 devant chez M pour nous prendre, en regardant les hordes d’enfants sur barques qui se rendent dans les différentes écoles primaires et collèges ! La lumière est sublime à Ganvié le matin, je vous laisse juger.
Les instituteurs sur la barque viennent tous les matins de Calavi et y retournent tous les soirs mais à partir de l’auberge il ne reste plus que 3 min de barque à faire pour arriver à l’école de Ganvié I !
Les cours commencent avec l’arrivé des instituteurs. Les enfants sont déjà là et c’est un peu la folie quand les « yovo » arrivent ! Plus on avance dans le séjour, plus les enfants sont calmes le matin à notre arrivée mais ils sont toujours assez excités/contents de vous voir arriver ! Attendez vous à dire bonjour à beaucoup de monde, voire taper dans des dizaines de mains de bon matin mais ça fait toujours plaisir !
Votre place dans votre classe sera très dépendante du niveau de cette dernière, du professeur avec qui vous travaillerez mais aussi beaucoup de vous ! Il faudra être pro-actif (ce qui évidemment est plus difficile à faire les premiers jours, il faut comprendre la dynamique de la classe et y trouver sa place). Je vous renvoie au rapport officiel que j’ai écrit pour plus d’informations.
Il était un peu difficile de prévoir à l’avance l’horaire d’une journée.. Mais ce n’est pas grave ! Il faut demander le matin ou la veille pour le lendemain. Quand il y avait une pause de midi, nous rentrions manger chez M. Nous l’appelions au moins une bonne demi-heure à l’avance et elle trouvait un moyen de venir nous chercher et puis de nous ramener à l’école en début d’après-midi. Le soir (max 17h) nous rentrions avec la barque motorisée des instituteurs qui rentrent à Calavi.
Souvent exténués de nos journées (enseigner est une des activités les plus épuisantes que j’ai pu connaître), nous allions nous allonger, voire faire une sieste à notre retour. Vers 18h nous allions nos poser tout à l’avant de l’auberge pour lire, écrire dans nos carnets de voyage, discuter, tout en regardant le coucher de soleil et les mille couleurs de ganvié le soir ! Je vous laisse à nouveau juger par vous-même :
Vers 19h, le soleil se couche, le générateur s’allume et les moustiques commencent à attaquer ! C’est souvent à cette heure là que nous allions manger et discuter pendant une petite heure. Ensuite soit nous montions déjà dans notre chambre pour nous cacher sous notre moustiquaire, soit nous restions dans le salon pour regarder la petite télé avec Mama et les filles. Répulsif indispensable.
Bilan
Si ce n’est pas déjà fait : je vous invite à lire le rapport officiel que j’ai rédigé concernant notre mois à l’école de Ganvié I.
Ce mois, a été l’un des plus magique de notre vie. Nous avons tellement appris, nous avons tellement grandi (bonjour cliché, bonjour vérité !), nous avons fait des rencontres incroyables, parmi les plus importantes de nos vies. Ce voyage nous a donc apporté tout ce que nous souhaitions secrètement y trouver, plus encore ! Nous n’en sommes pas ressortis indemnes. Cependant ce n’est pas l’expérience humaine la plus facile qu’il soit. Il est de notre responsabilité de, certes vous donner envie d’aller prêter main forte à l’équipe enseignante en place, si vous le pouvez/voulez récolter des fonds comme nous et demander à la directrice quels sont les besoins du moment pour l’école (Euloge vous aidera pour acheter et amener le matériel), après avoir trouvé votre place dans votre classe, proposer des cours en fonction de vos compétences et sujets d’intérêt personnels (avec évidemment au préalable accord de l’équipe enseignante), mais aussi de vous prévenir des difficultés que vous pourrez rencontrer.
J’ai essayé de résumer de la manière la plus juste possible que ce soit sur cette page ou bien dans mon rapport, le mois que nous avons eu la chance de passer à Ganvié. Ce n’est pas à prendre à la légère. Vous allez vivre de manière assez isolée le temps de votre séjour, très loin de votre confort occidental habituel, dans une autre culture, dans une ville très marquée par l’histoire de l’esclavagisme (la ville a été construite par des personnes qui se sont réfugiées sur le lac pour fuir l’esclavagisme). Certains villageois ne répondront pas à vos bonjours. Pas de risque de violence (les béninois sont des gens très très (voire trop) pacifiques) mais parfois de l’indifférence/mépris pour des yovo de plus. Ganvié est un village de pêcheurs assez pauvre. Tous les jours, des enfants vont vous demander des cadeaux/de l’argent/votre bouteille d’eau et il ne faudra pas leur en donner. Parfois cela sera vos propres élèves. Il faudra sans cesse leur expliquer que vous êtes là pour leur donner de la connaissance, que cela a beaucoup plus de valeur que l’argent et ils vous riront au nez, persuadés que vous vous foutez d’eux. Les enfants seront la plupart du temps assez turbulents en classe. Vous allez rentrer exténué le soir et sans voix. Vous allez vous rendre compte des lacunes et de l’immensité du chantier pour qu’ils apprennent tout ce qu’ils doivent apprendre. Vous allez vous répéter et répéter et rerererépéter et il faudra garder le sourire et son calme. Vous allez devoir leur expliquer pourquoi ce que vous leur expliquez est réellement important. Vous allez devoir vous mettre à la place d’enfants qui n’ont pas du tout du tout eu le même vécu et eu la même enfance que vous au même âge. Des enfants qui n’ont pas du tout les mêmes références culturelles que vous, qui pensent très différemment que vous, qui ne parlent pas exactement le même français que vous.
Alors oui c’est difficile, difficile au point de se demander comment fait l’équipe enseignante sur place pour trouver l’énergie nécessaire à faire les miracles qu’ils font. Mais si vous arrivez à tout donner, vous vous rendrez compte que ces enfants sont géniaux, touchants, tous très différents. Certains, d’une intelligence rare. Et vous les verrez progresser sous vos yeux et vous ne pourrez jamais les oublier !
Mes regrets
J’en ai très peu. Peut-être de n’être restée qu’un mois. J’aurais voulu continuer ce que j’avais entrepris avec ma classe. Je regrette de ne pas avoir pris (ou collecté) des livres pour enfants avant de partir. Surtout des livres avec des images et des photos sur le monde ! Des livres qui expliquent des choses (surtout pour les enfants d’environ 10 ans). Il n’y a pas de bibliothèque à Ganvié, les enfants ne regardent pas la télé, pas de magazine.. Ils ont une avidité pour les images, les choses du monde. Certains se posent beaucoup de questions et j’aurais aimé leur en montrer encore plus et le laisser sur place chez la directrice comme récompense pour bonnes notes ou bonne conduite. J’aurais aussi voulu prévoir une semaine pour visiter le nord avec Euloge et aller à la Penjari voir les animaux de la savane béninoise ! Mais ça, ça sera pour la prochaine fois !



















